La persévérance scolaire… à 64 ans!

Cécile Collinge; persévérance scolaire

Danielle Goyette

01.04.2022

Cécile Collinge a travaillé comme ingénieure industrielle pendant plus de 35 ans. En parallèle, elle a toujours voué une grande passion à la Bolivie. La vie des femmes de ce pays a tant suscité d’intérêt chez elle qu’elle a, un jour, décidé d’en faire le sujet d’une thèse de doctorat. Découvrons le parcours de cette étudiante inspirante.

Femme à la retraite, Cécile Collinge est pourtant un exemple éloquent de ce que peut être la persévérance scolaire. Lorsqu’elle a décidé de se consacrer à une thèse de doctorat, elle n’avait pas idée de tout ce que cela impliquerait en recherche, en temps, en énergie et en volonté. Mais elle a tenu le coup, même si elle a eu parfois envie de baisser les bras. De fait, après cinq ans et demi où elle s’y est consacrée à temps plein, elle y est parvenue haut la main, avec la note « Excellente » et le titre de docteure en études urbaines. 

Avec le sourire, Cécile nous confie : « L’un de mes grands bonheurs dans toute cette folle aventure, c’est que je me suis retrouvée à étudier avec des jeunes qui avaient l’âge de mes enfants et qui m’ont accueillie dans leur gang! Je n’ai jamais senti que je n’étais pas à ma place! »

Paysannes aymaras partageant un repas; Altiplano Bolivien
Paysannes aymaras partageant un repas, Altiplano bolivien
Une passion pour la Bolivie dès son tout jeune âge

Toute petite, Cécile est déjà fascinée par l’Amérique du Sud. Sa paroisse était jumelée à une autre au Pérou et quand elle voyait des photos des Andes, elle se disait qu’elle y irait un jour. À 25 ans, elle se rend neuf mois avec son mari de l’époque en Équateur, au Pérou et en Bolivie. Ils tombent tous les deux amoureux de la Bolivie si bien qu’en 1989, ils décident d’adopter une jeune Bolivienne aymara de sept ans. Dès lors, Cécile aura toujours le sentiment qu’une partie de son cœur bat dans ce pays qui a vu naître sa fille adoptive. « J’ai toujours ressenti un grand attachement pour ce pays, mais là, c’était plus fort encore! »

Paysane aymara, brebis, Altiplano bolivien
Paysanne aymara conduisant ses brebis au champ dans l’Altiplano bolivien.
L’idée de faire un doctorat

En 2009, l’une de ses collègues meurt d’un cancer fulgurant et ce drame lui fait prendre conscience qu’elle doit faire autre chose de sa vie que son travail d’ingénieure en prévention des accidents dans les usines. « J’occupais ce poste depuis longtemps, j’avais soudain le sentiment que je devais m’investir dans une passion. » Elle décide alors de faire un certificat en géographie internationale à l’université de 2009 à 2011 et s’applique ensuite à la réalisation d’un mémoire de maîtrise de 2011 à 2015 sur la situation des paysannes en Bolivie et sur la contribution de ces femmes à la souveraineté alimentaire. Puis, elle décide d’aller plus loin encore. Ainsi, en septembre 2016, elle obtient une bourse pour réaliser cette fois une thèse de doctorat. Ce sera un travail à temps plus que plein!

Cécile, Antonia, La Paz
Avec Cécile, Antonia devant sa maison à La Paz.

Elle nous raconte quelques étapes de son projet : « Pour les besoins de ma thèse, je suis allée deux fois en Bolivie, un peu plus d’un mois chaque fois, pour y mener des enquêtes auprès de 55 Boliviennes. Des connaissances dans le pays m’ont aidée à établir des contacts avec ces femmes. Mais ce ne fut rien de facile, j’étais parfois découragée… des rendez-vous retardés ou remis, des personnes ne se présentant pas aux rendez-vous, les effets difficiles de la haute altitude, la nourriture pas toujours adéquate… Malgré cela, au début de 2019, j’avais quand même pu réaliser des entrevues avec 39 femmes urbaines-rurales et 16 expertes : députées, dirigeantes de groupes de femmes, universitaires et intervenantes auprès des femmes. Il fallait ensuite que je traduise de l’espagnol au français les 47 heures d’entrevues. Et l’espagnol n’était notre langue d’origine, ni à moi, ni à ces femmes aymaras! Après cela, je vous avoue que j’avais déjà de quoi être fière! » 

Des années fructueuses

Cécile lira aussi en abondance sur le sujet. Après l’acquisition d’une multitude de données concluantes, elle se plongera enfin dans la rédaction de sa thèse qu’elle déposera en mai 2021. Elle prend ensuite l’automne 2021 pour préparer sa rencontre avec les membres du jury qui se tiendra en janvier 2022 et qui se conclura par une vive approbation de ces spécialistes.

Paysannes aymaras
Paysannes aymaras

En tout, Cécile Collinge aura consacré cinq ans et demi à la réalisation de ce doctorat, une folle péripétie qui l’a laissée grandie, épanouie et très fière aujourd’hui. Pour la majorité des gens, un doctorat permet de faire carrière, d’enseigner à l’université ou de travailler comme diplomate, mais pour Cécile, c’était un projet entièrement personnel qui lui a permis d’approfondir ce qu’elle savait d’un pays qu’elle aime et mieux connaître des femmes très courageuses qu’elle admire. Et c’est avec persévérance et passion qu’elle y est arrivée. C’est pourquoi elle tient à exprimer ces quelques mots en conclusion. « Je tiens à dire tout spécialement aux jeunes qu’il est important de suivre leur passion, ce qu’ils aiment. Ils doivent se concentrer sur leurs forces. Il faut être conscient de ses faiblesses aussi et les accepter, on peut tenter de les améliorer, mais il ne faut pas bloquer seulement là-dessus. L’important, c’est de persévérer dans un projet ou une passion qui nous tient à coeur, même quand on a envie de tout lâcher. Ça vaut tellement la peine! Parce que… quand on y arrive enfin, on est tellement fier! »


Thème de sa thèse de doctorat : Les effets du retour des modes de vie autochtones chez les Boliviennes du peuple aymara partageant leur quotidien entre la ville et la campagne

Détails : Entre 2006 et 2019, la Bolivie a connu près de 14 ans d’un gouvernement qui se réclamait du Vivir Bien (Vivre bien), soit des modes de vie autochtones centrés sur la Terre-Mère, sur l’organisation sociale communautaire et sur les valeurs de solidarité. Cécile s’est penchée sur les effets de ces transformations politiques et sociales sur les femmes d’origine aymara ayant un mode de vie hybride urbain et rural, en ce qui concerne leur habitat, leur subsistance et leur pouvoir d’agir. Elle a ainsi démontré que ni la campagne, ni la ville ne fournissent tout ce dont les femmes aymaras ont besoin pour vivre et faire vivre leur famille, d’où la nécessité d’adopter ce mode de vie pour permettre la subsistance de leur famille.

LES ÉTAPES DU DOCTORAT

Une thèse doit toujours traiter d’un sujet précis qui livre des connaissances, mais d’un sujet ou d’un aspect de ce sujet qui n’a jamais été étudié.

La première étape d’un doctorat comporte un an et demi de cours qui instruit notamment sur les procédures de la création d’une thèse. S’ensuit un examen doctoral de deux heures et demie face à trois professeurs où l’étudiante explique son domaine de recherche et sa méthodologie de travail, d’abord élaborés dans un texte d’environ 80 pages. Toutes les thèses se terminent ensuite par une soutenance, c’est-à-dire un examen oral d’environ trois heures devant un jury composé du directeur de thèse et de trois professeurs spécialisés dans le domaine qui ont tous lu la thèse et en ont fait un rapport écrit. Tout d’abord, la candidate expose son travail durant une trentaine de minutes. Puis, elle répond aux questions du jury durant deux heures. Le jury délibère ensuite à huis clos une vingtaine de minutes et revient afin de lui confirmer sa note et l’attribution ou non de son titre de docteure.


Vous voulez en lire davantage sur la persévérance scolaire et le retour aux études des citoyens de Compton? Lisez sur le parcours d’Eugénie Pelletier!

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